
Mont Jean, Lepuix (Territoire de Belfort)
Les découvertes du Mont Jean ont permis d’étudier plusieurs aspects liés à l’activité minière de ce secteur des mines du Rosemont. C’est plus largement les problématiques des techniques extractives et de l’exploration minière, ici mises en œuvre entre la fin du Moyen Âge et le début de l’Époque moderne, qui ont pu être abordées grâce à la fouille préventive.
Au sud du massif vosgien, une importante activité minière perdure entre le XIVe et la première moitié du XVIIe siècle autour de Giromagny (90), au sein du territoire du Rosemont. Au XVIe siècle, les filons de cuivre, de plomb et d’argent vont être explorés par des techniciens avertis venus des mines voisines de Saxe, du Tyrol et du Val-de-Lièpvre (Liebelin 1987, p.18). Durant la seconde partie du XIVe siècle, une activité minière est clairement établie à Lepuix (Liebelin 1987, p.230). Plusieurs mines s’établissent sur le Mont Jean et l’impact de cette activité minière est encore perceptible sur le terrain (Meyer 1895, p.153-195 et Thomas et al. 1990). S’inscrivant dans ce contexte, le projet d’extension de la carrière de Lepuix (90) a été l’occasion d’étudier un ensemble de vestiges miniers.
La fouille préventive réalisée par la société Arkemine sur le Mont Jean a permis d’étudier des ouvrages extractifs dédiés à la recherche de minerais. L’étude révèle que les mineurs ont exploré des failles s’orientant principalement du nord-ouest vers le sud-est. Malheureusement pour les mineurs, ces failles colmatées d’argile n’intègrent pas d’indices métallifères. D’après les datations effectuées, l’exploration minière de ce secteur du Mont Jean eut lieu entre la fin du XVe et le début du XVIIe siècle, probablement au XVIe siècle. Elle a été effectuée au moyen d’ouvrages d’explorations de différents types : tranchée, galerie et puits. C’est à la même époque que des mineurs avertis provenant d’autres provinces minières germaniques œuvrent dans le secteur de Giromagny. La fouille préventive a également permis d’aborder la question de l’exploitation des ressources sylvestres sur le mont. Contemporaine de l’activité minière identifiée sur le site, deux charbonnières démontrent que le hêtre est l’essence principale transformée en charbon. Comme c’est par exemple le cas en Haute vallée de la Moselle au XVIIe siècle (Pierre et al. 1996), le bois est une ressource indispensable pour l’activité minière, notamment quand il est transformé en charbon, pour la forge et le traitement métallurgique du minerai.
A Lepuix, sur le Mont Jean, les mineurs ont utilisé la pointerolle pour abattre la roche. Pour percer leur galerie, ils ont mis en œuvre la technique d’abattage en deux temps, celle du sitzort, commune dans les mines du massif vosgien. Cette technique a notamment été identifiée dans les mines d’argent du Neuenberg (Sainte-Marie-aux-Mines, 68) ou de celles de Steinbach (68) (Ancel et al. 1988 et Schnebelen 1990 p. 30) comme dans des galeries situées autour du Mont Jean, comme celles du Teutschgrund supérieur (Thomas et al. 1990, p.12 et 39). Sept pointerolles présentent les caractéristiques typiquement identifiées dans les mines Vosgienne (par exemple plus au nord autour de Sainte-Marie-aux-Mines, voir Ancel et al. 1988). Une des pointerolles, probablement adaptées au percement de puits, est toutefois particulière puisqu’elle présente une légère courbure du côté pointue. Découvertes dans un même puits, les pointerolles constituent certainement un seul et même lot peut-être utilisé par un mineur. Différents poinçons ont été identifiés sur les outils. Ils ne semblent pas être associé à une concession ou un mineur, mais plutôt à une marque de forgeron comme c’est certainement le cas au Neuenberg. Enfin, une houe découverte dans un puits est par ailleurs un outil rependu dans les mines. C’est notamment à la mine du Thillot (88) que des exemplaires similaires ont été retrouvés.
Les découvertes du Mont Jean ont permis d’étudier plusieurs aspects liés à l’activité minière de ce secteur des mines du Rosemont. C’est plus largement les problématiques des techniques extractives et de l’exploration minière, ici mises en œuvre entre la fin du Moyen Âge et le début de l’Époque moderne, qui ont pu être abordées grâce à la fouille préventive. Sur le Mont Jean, cette fouille exhaustive a offert la possibilité d’étudier des vestiges miniers rarement investigués dans le cadre de l’archéologie minière. Il s’agit précisément d’ouvrages miniers peu étendus, uniquement dédiés à l’exploration minière, impactant peu voir pas du tout le paysage. Ces ouvrages ont été réalisés à l’aide d’un outillage adapté, spécifiquement minier, utilisé par une main-d’œuvre qualifiée et spécialisée.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 14 septembre au 30 octobre 2018
• Surface : 48 400 m²
• Type d'aménagement : Carrière
• Suivi scientifique : Annick RICHARD (DRAC – SRA Bourgogne-Franche-Comté)
Nature des vestiges
• Périodes : Temps modernes, Époque contemporaine
• Sujets et thèmes : mine
Intervenants
• Responsable d'opération : Gérald BONNAMOUR
• Équipe de fouille : Adrien ARLES, Florian LELEU, Christophe MARCONNET, Christian VIALARON
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Florian LELEU, Christian VIALARON, Christophe MARCONNET, Christophe VASCHALDE
• Collaborations : Atelier Bell, Archeolabs
• Aménageur : Les carrières de l’Est

Publications
BONNAMOUR G., ARLES A., LELEU F., MARCONNET C., VIALARON C., et la contribution de VASCHALDE C. (2021) – LEPUIX, Le Mont Jean, Exploration minière et charbonnage. Rapport final d’opération d’archéologie préventive, Service Régional de l’Archéologie de Bourgogne-Franche-Comté, 2021, vol. I – 168 p.
BONNAMOUR G. , ARLES A., LELEU F. et MARCONNET C. (2020), Fouille préventive sur le Mont Jean (Lepuix, 90). L’exploration minière au début de l’époque Moderne. Actes des Journées régionales de l’archéologie de Bourgogne-Franche-Comté, SRA Bourgogne-Franche-Comté, 2019, p. 129-134.



