Aménagement RN221 et raccordement ZAE Grand-Font, Lieu-Dieu, Boulazac Isle Manoire (Dordogne)

L’opération archéologique a mis en évidence un nouveau tronçon de l’aqueduc gallo-romain de Grand-Font, alimentant la ville antique de Périgueux-Vesunna.

Une opération de fouille archéologique préventive a été menée sur les communes de Boulazac et de Saint-Laurent-sur-Manoire (Dordogne), au lieu-dit « Rétablissement ZAE Grand Font » et à proximité du Château Lieu-Dieu, sur une surface de 2 350 m2. Elle découle d’un projet de recalibrage de la route nationale 221, à la sortie sud-est de Périgueux, envisagé par la DREAL Nouvelle-Aquitaine sur un secteur parcouru par un ouvrage antique connu depuis au moins la première moitié du XIXe siècle : l’aqueduc gallo-romain dit de Grand-Font, alimentant la ville antique de Périgueux-Vesunna. Cet aqueduc permettait d’acheminer l’eau sur 7 km depuis la source captée de Grand Font, située à proximité de l’emprise de la fouille. C’est à Charles Durand que l’on doit, au début du XXe siècle, les recherches les plus importantes sur cet ouvrage, tant sur son tracé, ses techniques de construction, sa datation, que sur son fonctionnement hydraulique. Ces dernières années ont permis d’approfondir notre connaissance de l’édifice, via notamment les différentes interventions de diagnostic archéologique réalisées par l’INRAP et la tenue d’un PCR dirigé par Lætitia Borau (CNRS).

Deux secteurs ont révélé l’aqueduc antique. Dans le secteur de la ZAE, à proximité de la source, ce sont en réalité deux branches qui ont été découvertes, deux conduites originellement enfouies à fleur de terre. La principale, celle déjà connue, se suit de sud-est en nord-ouest sur une longueur d’environ 65 m, soit presque la totalité de l’emprise, avant que le canal maçonné ne prenne une direction plus axée vers l’ouest et ne sorte des limites du secteur. Elle correspond à un volume d’opus caementicum sur lequel viennent se positionner les piédroits, faits du même matériau. Un retrait s’observe entre la base et les élévations du conduit. Le tout bénéficiait d’une couverture mixte, avec la pose régulière de larges dalles calcaires et, entre, la réalisation grossière d’une voûte, ou plutôt d’une couverture maçonnée. Deux blocs se distinguent par leurs dimensions. L’un des deux, en forme de « pyramidion » tronqué, était placé sur une portion voûtée de l’aqueduc et servait probablement à signaler en surface l’emplacement de la conduite. Le second n’est conservé qu’à moitié, mais on peut restituer un élément quadrangulaire formant comme une tête de puits, à l’ouverture coïncidant avec la largeur du conduit. Il s’agit certainement d’un regard. Ces deux éléments confirment le faible enfouissement de la conduite.
La seconde conduite s’insère dans la première et marque une phase d’alimentation plus directe depuis la source. Elle est faite d’une succession de blocs de cunette monolithiques, en calcaire gris, de longueurs variables avec, pour celui le plus au sud, une hauteur de 70cm pour un conduit profond de seulement 30 cm environ. Sont apparus sur les parois extérieures des trous de pinces quadrangulaires, ainsi que des encoches en partie basse, aux angles, permettant probablement l’ajustement des blocs une fois placés au fond de la tranchée de fondation. Un seul bloc de couverture a été trouvé en place. D’autres dalles s’observent le long de la canalisation ; elles sont toutes redressées, placées en oblique vers l’extérieur contre l’encaissant, indiquant que le conduit a été ouvert en ce secteur. La fouille montre que ces perturbations sont récentes ; elles correspondent probablement aux recherches réalisées en 1978 par M. Félix, ancien maire de la commune, pour trouver l’adduction antique à l’exutoire de la source (note de Claude Lacombe aux archives du SRA Aquitaine).

Figure 1 – Vue zénithale, vers le sud, de la moitié occidentale du CN1003, avant jonction avec le CN1005 (Boulazac, 24).

Figure 2 – Dernier bloc du CN1003, faisant jonction avec le CN1005 (Boulazac, 24).

Dans le secteur du Lieu-Dieu, en aval, l’aqueduc maçonné a été retrouvé sur environ 40 m. Il est très arasé, mais sa technique de construction est identique à celle de la conduite vue en secteur ZAE. Une structure en lien avec la métallurgie a aussi été fouillée (FT6031). La datation et la typologie renvoient vers des contextes du 1er âge du Fer / Halstatt (milieu VIIIe – début Ve avant J.-C.). Il s’agit d’un bas fourneau de réduction directe du minerai de fer. Ce four est de de petites dimensions. Il présentait, sous une cheminée d’une cinquantaine de centimètres de diamètre et de hauteur indéterminée, une cuve d’une trentaine de centimètres de profondeur et d’une soixantaine de centimètres à sa base. Une fosse de travail communique avec le fond du fourneau par une ouverture voûtée dont la porte n’a pas été conservée. La présence de cette ouverture permettait d’accéder à la cuve pour, semble-t-il, extraire la scorie accumulée dans le fond du four durant la réduction. L’observation d’un rechapage de la cuve indique que le fourneau a été utilisé au moins deux fois alors que, pour la période considérée, les fourneaux à scorie piégée sont très généralement utilisés qu’une seule fois. L’abandon du four semble être intervenu à la suite d’une solidification prématurée de la scorie au moment du défournement de la loupe, contraignant la personne en charge de la réduction à récupérer la loupe métallique depuis la partie supérieure du four, en détruisant la cheminée. Quelques trous de poteaux présents à proximité pourraient participer de la protection de la structure, mais dans l’ensemble l’activité métallurgique paraît être de faible ampleur, et de faible durée.

Plus au nord, une zone rubéfiée d’environ 3x3m correspond à un petit bâtiment (FT6043) avec de nombreux éléments de torchis brûlé. Le plan au sol est de forme oblongue avec un accès à l’est formant une petite avancée. Un foyer est placé en position centrale. Il s’agit sans doute d’un petit habitat. Il concentre les structures en creux de la zone, elles se répartissent autour de lui. Ce sont des trous de poteaux, assez divers et sans organisation nette. L’édifice était en terre et bois. En plus des éléments effondrés, la fouille a révélé des parois de terre rubéfiée de 10 à 30 cm de large avec, plantés plus ou moins régulièrement, les vestiges de piquets, poteaux ou sortes de planches faisant l’armature. Mais la technique de « torchis sur poteaux » identifiée renvoie plutôt vers l’hypothèse d’un sol installé sur solives, avec le foyer laissé en creux au milieu de la pièce. La fouille du bâtiment FT6043 a livré du mobilier céramique, principalement de la non tournée, que l’on peut attribuer à la fin de l’âge du Fer ou au tout début de la période romaine. On y reconnaît surtout des formes ouvertes. La datation radiocarbone réalisée sur l’un des vestiges de poteau donne une fourchette du milieu du IVe s. à la fin du IIIe avant J.-C. Un drain (FT6048) qui recoupe la structure contient, en proportion, plus de céramique tournée. Les datations de celles-ci indiquent que le bâtiment a pu être abandonné dans le courant du Ier s. ap. J.-C.

Figure 3 – Vue en coupe, vers l’est, de la section d’aqueduc CN1006 (Boulazac, 24).

Figure 4 – Vue générale à la perche de l’aqueduc de Grand-Font, section CN6037 (Boulazac, 24).

Opération archéologique

• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 13 août au 28 septembre 2018
• Surface : 2 350 m² (et zone de 720 m² à explorer)
• Type d'aménagement : Projet de recalibrage de la RN221
• Suivi scientifique : Hervé GAILLARD (DRAC – SRA Nouvelle-Aquitaine)

Nature des vestiges

• Périodes : Paléolithique, Néolithique, âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge
• Sujets et thèmes : aqueduc, édifice public, hydraulique, artisanat

Intervenants

• Responsable d'opération : Arnaud COUTELAS
• Équipe de fouille : Adrien ARLES, Céline BEAUCHAMP, Laetitia BONELLI, Lucie DA CRUZ, Sébastien DESGUEZ, Florian LELEU
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Gérald BONNAMOUR, Manon DESVIGNES, Olivier MIGNOT, Sylvie SOULAS
• Collaborations : Laetitia BORAU (CNRS), Mathieu SEBILO (UMPC), Carole VISSAC (GéoArchéon)
• Aménageur : DREAL

Publications

COUTELAS A. et ARLES A., avec la collab. de BONNAMOUR G., DESVIGNES M., SEBILO M., SOULAS S., VISSAC C. (2020) – Boulazac-Isle-Manoire (24), Aménagement RN221 et raccordement ZAE Grand-Font, Lieu-Dieu, Rapport final d’opération d’archéologie préventive, Arkemine SARL, Service Régional de l’Archéologie de la région Nouvelle-Aquitaine, 288 p.