
Grands Prés, Villeneuve-Saint-Denis (Seine-et-Marne)
La fouille archéologique préventive a permis de documenter de façon inédite une activité de tuilerie du XVIe siècle sur le territoire de Villeneuve-Saint-Denis.
La fouille réalisée sur le site des Grands Prés à Villeneuve-Saint-Denis, commune de Seine-et-Marne située à l’ouest de Paris dans la région naturelle de la Brie, revêt d’un double intérêt. D’une part, il s’agit de la première fouille archéologique réalisée sur cette commune, dont les occupations anciennes sont très peu documentées. D’autre part, c’est l’occasion d’aborder par une fouille préventive l’étude d’un atelier de tuilier. Les Grands Prés se situent à l’est du bourg de Villeneuve-Saint-Denis, commune de Seine-et-Marne, le site fouillé se trouvant à environ 300 m du centre du village et de son église.
L’organisation ancienne du territoire de Villeneuve-Saint-Denis a pu être documentée grâce à la fouille préventive. Ce sont trois parcelles délimitées par des fossés qui ont été identifiées au sein d’une emprise inscrite aujourd’hui dans une seule et même parcelle du cadastre. Les limites de ce parcellaire ancien s’organisent selon deux systèmes plus ou moins bien structurés. Deux orientations semblent définir deux systèmes parcellaires distincts, un en usage à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, l’autre, le plus au nord, témoignant probablement d’une organisation du territoire plus ancienne. Les activités au sein de ces espaces paraissent plutôt liées à l’exploitation des ressources naturelles, l’agriculture ou l’élevage. Pour l’époque moderne, le pastoralisme est notamment attesté par la découverte de deux sonnailles plutôt adaptées à l’élevage des ovins et des caprins.
Le cœur de la problématique scientifique repose sur une activité de tuilerie. L’atelier mis en évidence sur le site des Grands Clos ne semble pas s’être inscrit dans la durée, de par la conception des éléments le constituant, le four en particulier. Circonscrit au sein d’une parcelle appartenant d’après les archives à l’église de Villeneuve-Saint-Denis au XVIe siècle, il s’agit certainement d’une installation associée à un chantier de construction. En effet, daté grâce à l’archéomagnétisme du milieu du XVIe siècle, l’atelier pourrait être en relation avec la construction d’une nouvelle église, travaux évoqués par de nombreux auteurs. Le four est, de par sa forme, ses dimensions et ses caractéristiques, clairement identifié comme un four de tuilier. Il se compose d’un alandier quasi trapézoïdal de 2,75 m de longueur pour une largeur variant de 2,16 à 3 m au contact de la chambre de chauffe. Cette dernière suit un plan quadrangulaire de 2,65 m de longueur et de 3 m de largeur et se subdivise en deux canaux de chauffe, comme c’est le cas pour la plupart des fours de tuiliers de la région. Depuis l’extraction d’argile, dont quelques fosses en attestent, les différentes phases successives qui permettent, avant et après la cuisson, de produire des terres cuites architecturales n’ont pas clairement été identifiées dans le cadre de cette fouille préventive. L’analyse des fragments de terres cuites architecturales prélevés sur le site permet de documenter les types de productions de l’atelier : tuile à crochet, tuile faîtière, tuile d’arêtier, brique et carreau. Le bois utilisé pour la chauffe du four était constitué de chêne, charme bouleau et tilleul, essences locales pouvant se développer sur les terrains environnants. D’après les observations réalisées dans le cadre de l’analyse archéomagnétique , les tuiles devaient être principalement disposées de champ posé sur le côté long dans le laboratoire du four. La température atteinte au sein de la chambre de chauffe était supérieure à 600 °C d’après ces mêmes observations.
La fouille archéologique préventive a donc permis de documenter de façon inédite différents aspects de l’occupation du territoire de Villeneuve-Saint-Denis. Elle soulève bien évidemment de nombreuses questions, notamment celle sur la nature des occupations antérieures à la fin du Moyen Âge.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 23 octobre au 01 décembre 2017
• Surface : 10 000 m²
• Type d'aménagement : Lotissement
• Suivi scientifique : Danielle MAGNAN (DRAC – SRA Île-de-France)
Nature des vestiges
• Périodes : Temps modernes
• Sujets et thèmes : atelier de tuilier, espace rural
Intervenants
• Responsable d'opération : Gérald BONNAMOUR
• Équipe de fouille : Adrien ARLES, Céline BEAUCHAMP, Arnaud COUTELAS, Alexandre DISSER, Florian LELEU, Christophe MARCONNET, Amandine TREMEL
• Équipe de post-fouille : Arnaud COUTELAS, Adrien ARLES, Céline BEAUCHAMP, Alexandre DISSER, Florian LELEU, Christophe MARCONNET, Émilie TOMAS Amandine TREMEL, Christophe VASCHALDE
• Collaborations : Centre de datation par le radiocarbone de Lyon, Pierre CAMPS (G2ZO - Géologie et Géophysique de la Zone critique, université de Montpellier 2)
• Aménageur : SCCV Axone
Publications
BONNAMOUR G. avec les contributions et participations de ARLES A., BEAUCHAMP C., CAMPS P., COUTELAS A., DISSER A., LELEU F., MARCONNET C., TREMEL A., COUTELAS A., VASCHALDE C. (2020) – Les Grands Clos – Villeneuve-Saint-Denis (77) – Un atelier de tuilier au sein d’un espace rural organisé. Rapport final d’opération archéologique préventive, Arkemine SARL, Service Régional de l’Archéologie d’Île-de-France, 228 p., 34 figures, 44 planches, inventaires et annexes.




