
Beaussiet, Mazerolles (Landes)
La fouille préventive réalisée en 2017 sur la commune de Mazerolles a révélé l’existence d’une occupation ancienne de l’âge du Bronze, matérialisée entre autres par des concentrations de mobilier. L’occupation antique implantée par la suite est quant à elle représentée par deux établissements ruraux, découverte rare dans ce secteur de la Garonne.
L’opération de fouille archéologique préventive de « Beaussiet », menée à Mazerolles (40), a porté sur une surface d’environ 22 320 m². Elle s’est déroulée en contrebas d’une petite éminence dominant la plaine du Midou en rive gauche, quelques kilomètres à l’est de Mont-de-Marsan, sur un substrat géologique correspondant à la formation des Sables Fauves du Miocène.
L’opération de diagnostic réalisée dans l’emprise d’un futur bassin de stockage d’eaux géothermiques a révélé une trame continue d’indices archéologiques dont la chronologie s’étendait du Néolithique final à la période contemporaine, avec deux phases prépondérantes : le Bronze moyen (faciès médocain) et une période allant de la Tène finale au Haut Empire. Pour cette dernière se posait la question de la continuité ou non de l’occupation, car deux étapes semblaient se dessiner selon l’étude de la céramique : une durant La Tène D1, l’autre durant l’époque augustéenne et les décennies suivantes.
La séquence stratigraphique de Mazerolles est relativement homogène sur l’ensemble de l’emprise de fouille et ce malgré de nombreuses altérations post-dépositionnelles. Le site est traversé par un paléo-talweg d’orientation sud-est/nord-ouest. La partie nord du site présente un fort pendage vers le sud et la partie sud un pendage plus doux vers le nord. Le comblement de ce paléo-talweg est antérieur aux occupations anthropiques. Par ailleurs il est affecté par des phénomènes périglaciaires de type fente de gel ou coin de glace. Le sommet de la séquence, qui est observable sur l’ensemble du site, correspond à un comblement par colluvions successives contenant entre autre une partie du mobilier attribué à l’âge du Bronze. Ces colluvions supportent deux paléosols (UPS 6 et 3) dans lesquels s’ouvrent les structures en creux. Ces occupations sont contemporaines de la présence de mares situées au niveau de la légère dépression formée par le paléo-talweg.
La fouille a révélé les traces d’une présence humaine dès la Préhistoire. Deux pseudo-éclats Levallois découverts lors du décapage témoignent d’une fréquentation du site dès le Paléolithique moyen, et l’étude de la céramique confirme une occurrence au Néolithique final.
L’occupation ancienne la mieux représentée correspond au Bronze ancien-moyen de tradition médocaine. La céramique retrouvée en abondance dans l’angle sud-ouest de l’emprise peut être plus spécifiquement attribuée, par comparaisons, à la période des XVIIe-XVIe s. avant J.-C. Un premier décapage a souligné une concentration de mobilier à la base de l’UPS 6, déjà appréhendée lors du diagnostic archéologique. Le gisement d’approximativement 250 m² est très homogène. Il se compose en majorité de restes céramiques et de quelques éléments lithiques. Après une fouille fine en carroyage, le redécapage de la zone a laissé apparaître plusieurs structures en creux de type fosse, mais il a surtout mis en évidence une faible tranchée décrivant un espace compris dans un rectangle de 151 m² au total. Quelques trous de poteau plus charbonneux viennent recouper les tranchées, présumant de l’existence d’un bâti analogue aux unités construites plus tardives de type « Chens ». En réalité, le mode de construction s’explique ici par le contexte sableux qui a rendu nécessaire une ossature sur sablière, une solution rationnelle qui pourrait caractériser les modes architecturaux usuels au Bronze ancien-moyen dans les Landes, dont l’habitat était jusqu’alors inconnu.
Deux enclos d’époque romaine ont aussi été identifiés, correspondant à 2 établissements ruraux d’environ 4 800 et 2 000 m2. Ils sont séparés d’environ 80 m. Chacun ceint de fossés, ils sont de tradition indigène, de plan et d’organisation communs et connus de la Tène finale à la fin de la période romaine dans l’ensemble de la Gaule. Ils ne présentent pas de bâtiment en dur, ni semble-t-il de grands édifices agricoles, ni encore de greniers ruraux sur rangées de poteaux, mais il ne s’agit pas pour autant d’unités d’habitat temporaires, rattachées à des activités saisonnières et non sédentaires de type pastoralisme. En effet, les espaces montrent une structuration avec des greniers sur plateforme, des zones avec vases de stockage, des secteurs denses d’occupation avec des foyers dont l’un présentent de possibles traces de décoration. Les artefacts ne sont pas nombreux, mais pour certains ils témoignent de la qualité de vie des habitants, avec la découverte notamment de bijoux et éléments de parures en alliage cuivreux (bagues, fibules…), d’éléments résiduels d’importation (amphores)… Le bâti ne témoigne pas d’évolution vers des modes de construction en dur, mais le contexte géologique n’était sans doute pas favorable à cela.
Ce type exploitation agricole est rare pour ce secteur géographique au sud de la Garonne. On peut donc s’interroger sur cette présence apparente de non pas une mais deux exploitations. Ont-elles fonctionné ensemble, ou y a-t-il une répartition des activités entre deux pôles d’une même occupation ? Ce qui est certain c’est que ces ensembles ne sont pas pleinement isolés l’un de l’autre, d’autres vestiges ont été découverts entre les deux. Les éléments de datation tendent vers la contemporanéité des deux enclos fossoyés, avec peut-être des évolutions communes entre elles, entre La Tène finale et le IIe s. ap. : comblement des fossés, installations de nouveaux édifices. Une répartition des activités n’est pas évidente entre les deux établissements, mais l’Enclos n°1, le plus grand, concentre la majorité des indices domestiques. On peut donc s’interroger sur l’existence d’un établissement rural de plus grande ampleur dont on aurait ici, finalement, qu’une partie.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 14 novembre 2016 au 10 mars 2017
• Surface : 22 320 m²
• Type d'aménagement : Bassin de stockage des eaux géothermales
• Suivi scientifique : Léopold MAUREL (DRAC – SRA Nouvelle-Aquitaine)
Nature des vestiges
• Périodes : Protohistoire, âge du Bronze, Antiquité
• Sujets et thèmes : enclos, établissement rural, bâtiment
Intervenants
• Responsable d'opération : Arnaud COUTELAS
• Équipe de fouille : Aurélie AJAS, Adrien ARLES, Pierre-Emmanuel BEAU, Amaury BERTHELON, Arnaud COIFFÉ, Anne-Marie CURÉ, Lucie DA CRUZ, Sébastien DESGUEZ, Michel DIAZ, Anne DUNY, Morgan GRALL, Clémence GUILLOT DE SUDUIRAUT, Gabrielle LAMERANT (RS), David MARESTAING
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Cécile HARTZ, Xavier DEPARNAY, Émilie DUBREUCQ, Sandrine PARADIS-GRENOUILLET, Aude RASPAIL, Maxime RÉMICOURT, Guillaume SAINT-SEVER, Sylvie SOULAS
• Collaborations : Atelier Bell, Poznan Radiocarbon Laboratory
• Co-traitance : Paléotime
• Aménageur : Régie municipale des eaux et d’assainissement

Publications
COUTELAS A. (dir.), LAMERANT G. et ARLES A., avec les contrib. de AJAS A., DEPERNAY X., DUBREUCQ É., PARADIS-GRENOUILLET S., RASPAIL A., REMICOURT M., SAINT-SEVER G., SOULAS S. – Mazerolles (40), Beaussiet. Occupations antiques et de l’âge du Bronze. Rapport final d’opération archéologique préventive, Arkemine SARL, Paléotime SARL, Service Régional de l’Archéologie de Nouvelle-Aquitaine, 826 p., 2 vol.




