
Carrière Lhoist, Saint-Gaultier (Indre)
habitat rural | foyer | fosse
Les archéologues pensaient intervenir pour la fouille d’un atelier métallurgique, mais c’est finalement un habitat laténien organisé autour d’un fossé et d’un four qui a été mis au jour.
Dans le cadre de l’extension d’une carrière exploitée par la société LHOIST à Saint-Gaultier, une fouille préventive a été prescrite au sein d’une emprise de 3700 m². Le site se trouve précisément au nord de Saint-Gaultier, à quelques centaines de mètres du hameau Les Bouts de Pas. Lors du diagnostic réalisé en 2007 sous la direction de Chrystelle de Belvata Balasy de l’INRAP, un four a notamment été retrouvé. Il a été mis en relation avec un site de production de fer protohistorique retrouvé durant la même campagne de diagnostic, à quelques centaines de mètres vers l’ouest. La fouille préventive réalisée en mars et avril 2022 par la société Arkemine, sous la direction de Gérald Bonnamour, a duré quatre semaines durant lesquelles 4 archéologues sont intervenues.
Suite au décapage, ce sont 68 indices d’occupations qui ont été enregistrés, des faits qui se concentrent principalement dans la moitié sud de l’emprise. Le four identifié lors du diagnostic archéologique se trouve en bordure d’un large fossé qui traverse l’emprise de fouille du sud vers le nord. D’autres fossés, beaucoup plus étroits et moins profonds, suivent les orientations du parcellaire actuel et sont certainement des éléments structurants les cadastres récents. Tous les indices ont été testés et fouillés et le fossé qui traverse l’emprise de fouille a été étudié en réalisant des sondages régulièrement répartis.
Des indices se révèlent être des trous de poteau s’organisant entre eux en délimitant des espaces quadrangulaires de plusieurs mètres carrés, notamment au sud-est de l’emprise. Certains d’entre eux mesurent plusieurs dizaines de centimètres de diamètre et peuvent atteindre environ 70 cm de profondeur. Au nord, une structure semble être le vestige d’un puits s’étendant peu profondément. Le fossé qui traverse le site du sud vers le nord n’avait pas été identifié lors du diagnostic. Sous la terre végétale, à l’altitude d’apparition du fossé, les remblais le rebouchant sont constitués de sédiments argileux provenant du substrat géologique encaissant. Mesurant environ 3 m de largeur, la structure est conservée jusqu’à une profondeur de 1,50 m. Le four se compose d’une chambre de chauffe, de 2 m de diamètre, encaissée dans le substrat argileux et conservée sur une quarantaine de centimètres de profondeur. La chambre se poursuit par un couloir d’accès d’approximativement 3 m de longueur qui débouche dans la paroi occidentale du large fossé qui traverse l’emprise de fouille. L’analyse stratigraphique démontre que les déblais produits par l’aménagement du four ont été rejetés dans le fossé. Ces déblais sont recouverts par des charbons induits par la combustion du bois et rejetés à l’extérieur de la chambre de chauffe lors de phases de purge.
Les céramiques découvertes dans le fossé proviennent essentiellement d’une unité stratigraphique argileuse et grise recouvrant le fond sur une cinquantaine de centimètres d’épaisseur. Ils sont similaires à d’autres éléments du même type parfois retrouvés mêlés aux sédiments colmatant les vestiges en creux, fosses et trous de poteaux, notamment identifiés à l’ouest du fossé. Les céramiques identifiées dans ce dernier, qui comptent des pots, des bols et des vases de stockage, sont principalement associées à une occupation située entre La Tène D2 et la période pré-augustéenne. Les productions retrouvées dans les autres structures, particulièrement des pots ornés de cannelures et/ou de fines baguettes, ainsi que des pots dont la panse est marquée par un ressaut, attestent plutôt d’une occupation plus ancienne, datant de La Tène D1 (L’étude du mobilier céramique a été réalisée par Laurence Augier, du service d’archéologie de Bourge Plus). L’étude du mobilier amphorique est en cours. Une datation radiocarbone par la méthode classique a été effectuée sur un fragment de charbon, sélectionné lors de l’étude anthracologique afin de limiter l’effet vieux bois, prélevé dans les niveaux stratigraphiques associés au four (l’étude anthracologique a été réalisée par le bureau d’étude environnemental Amelie et les datations par le Centre de datation par le radiocarbone de Lyon). L’analyse démontre que le four a probablement fonctionné entre 53 av. et 115 ap. J.-C. (âge calibré), donc durant l’occupation tardive du site. D’autres datations radiocarbones par accélérateur sont en cours.
Les observations sur le terrain écartent l’hypothèse initiale d’un site dédié à des opérations métallurgiques. Les analyses en cours permettront peut-être de proposer la fonction du four qui semble être utilisé à la fin, voir au moment de l’abandon de l’occupation du site. Cette occupation, un habitat structuré autour d’un fossé, n’était pas connue avant la fouille archéologique préventive. Elle témoigne de l’existence d’occupations laténiennes en bordure des plateaux surplombant la vallée de la Creuse dans le secteur de Saint-Gaultier.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 21 mars au 14 avril 2022
• Surface : 3 700 m²
• Type d'aménagement : Extension de la carrière Lhoist
• Suivi scientifique : Pascal ALLILAIRE (DRAC – SRA Centre-Val de Loire)
Nature des vestiges
• Périodes : Âge du fer, Époque contemporaine
• Sujets et thèmes : habitat rural, foyer, fosse
Intervenants
• Responsable d'opération : Gérald BONNAMOUR
• Équipe de fouille : Adrien ARLES, Christophe MARCONNET, Candice NIOT
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Laurence AUGIER, Mickaël BANDIERA, Laurie DANIELOU, Christophe MARCONNET
• Collaborations : Amélie, Centre de datation par le radiocarbone de Lyon
• Aménageur : Lhoist Ouest France

Publications
BONNAMOUR G. (dir.), ARLES A., MARCONNET C. NIOT C., avec les collab. de AUGIER L., BANDIERA M. (2025) – Champs des Bergères, Carrières Lhoist. Une occupation de la fin de la Tène en bordure de la vallée de la Creuse. Rapport final d’opération d’archéologie préventive, Service Régional de l’Archéologie Centre-Val de Loire, 205 p., 1 vol.



