Route de Paris, Brison-Saint-Innocent (Savoie)

L’opération de fouille préventive réalisée à la croisée entre la route de Paris et le chemin de la Cure à Brison-Saint-Innocent (73) a permis de documenter une occupation diachronique étalée sur plusieurs siècles, de la fin de l'âge du Fer à aujourd'hui.

L’opération de fouille préventive réalisée à la croisée entre la route de Paris et le chemin de la Cure à Brison-Saint-Innocent (73) a permis de documenter une occupation diachronique étalée sur près de 1000 ans. La fouille, la deuxième sur la commune même, s’inscrit dans un contexte archéologique riche mais jusque-là difficile à cerner. La période laténienne est pour la première fois représentée au travers de deux grandes fosses rectangulaires parallèles localisées au sud de l’emprise. Distantes de 3,5 m l’une de l’autre, elles possèdent toutes deux des parois rubéfiées et ont été comblées postérieurement par des galets non brûlés. Malgré l’absence de contexte rendant leur interprétation difficile, elles pourraient être considérées comme des structures de combustion.

Après quelques traces de passage au Haut-Empire, essentiellement matérialisées par de la céramique, une occupation du Bas-Empire vient s’installer dans la moitié occidentale de la parcelle. L’hétérogénéité du corpus mobilier et le faible recouvrement sédimentaire mêlant les différentes périodes ont toutefois rendus difficile la lecture du site. L’occupation semble ainsi s’inscrire dans un temps relativement long entre les IIIe et IVe siècles de notre ère, voire jusqu’au début du Ve siècle. Les vestiges mis au jour correspondent à la périphérie d’un habitat modeste, caractérisée par un épandage et des fosses de rejets aménagés au sein d’un espace de circulation. Les nombreux restes de faune, brûlés ou non et présentant parfois des traces de découpes, les graines et céréales carbonisées et la vaisselle de table (en céramique et plus rarement en verre) attestent du caractère domestique de ces rejets. La majeure partie du mobilier céramique provient d’ateliers locaux dû à la proximité des ateliers de Portout-Conjux au bord du lac du Bourget ; les produits d’importation sont peu marqués sur le site. Le comblement d’une des fosses dépotoirs a en revanche livré la présence exceptionnelle de douze monnaies, principalement des nummi de Valentinien, datés entre 365 et 435. Réparties uniformément au sein de la structure, la raison de leur présence n’a pu être éclaircie. La proximité de l’habitat en lui-même est suggéré par les nombreux matériaux de construction retrouvés (tegulae, imbrices, clouterie) et par la mise en œuvre plus soignée d’un deuxième radier se prolongeant hors emprise, au sud. La présence de deux tesselles bleues et d’un fragment de tubulure pourraient par ailleurs indiquer la présence d’un bâtiment relativement soigné dans le périmètre. À cela viennent également s’ajouter la découverte de deux clous décoratifs, l’un bimétallique, le second en alliage cuivreux, et de deux éléments de parure (un bracelet ou fibule et une agrafe à double crochet), constituant de minces indices sur le niveau de vie des habitants. La nature cette occupation ne peut cependant être totalement appréhendée du fait de l’absence de vestiges mobiliers et immobiliers en contexte primaire. Cependant, la présence d’ossements de très jeunes animaux, associée à des canines de truies, suggère un habitat peut-être tourné vers une petite activité d’élevage.

Figure 1 – Vue générale de l’emprise de fouille au décapage (Brison-Saint-Innocent, 73).

Figure 2 – Vue en plan de la fosse à galets F1054, depuis le nord (Brison-Saint-Innocent, 73).

Après une hiatus de plusieurs siècles, la parcelle est à nouveau occupée au Moyen Âge central, cette fois dans sa moitié orientale, avec la découverte d’une vingtaine de structures en creux. La totalité de l’occupation n’a pu être appréhendée car les vestiges se trouvent en limite d’emprise et sont perturbés par des installations contemporaines. Au moins un grenier à quatre ou cinq poteaux porteurs peut être associé à deux silos isolés. Le mobilier se fait quand à lui rare et correspond exclusivement à la période antique. Un nombre conséquent de pépins de raisin a cependant été retrouvé au sein de ces structures de stockage. La région étant connue pour son vin depuis des siècles, il n’est pas impossible que cette occupation soit liée d’une façon ou d’une autre à la viticulture.

Finalement, la parcelle est remaniée plusieurs fois entre les périodes modernes et contemporaines. Les découvertes archéologiques ont pu être étayées par les divers cadastres et registres des propriétés foncières consultés aux archives départementales de Savoie. Le XVIIIe siècle est représenté par les possibles vestiges d’une maison visible sur la mappe sarde, ainsi que la mise en place d’un réseau de drains perpendiculaire au sens de la pente. Il servait très certainement à assainir le terrain, rappelant que de tout temps la gestion de l’eau a été une problématique récurrente sur le site. La période contemporaine est quant à elle marquée par les installations caractéristiques d’un jardin, tels des dépotoirs et un système d’adduction d’eau (citernes et canalisation). L’une des deux citernes est finalement convertie en cave dans les années 50, tandis que la deuxième est restée en usage jusqu’au dernier propriétaire terrien.

Figure 3 – Détail de la cruche perforée, dans la fosse F1018 (Brison-Saint-Innocent, 73).

Figure 4 – Vue générale de la citerne F1073, depuis l’ouest (Brison-Saint-Innocent, 73).

Opération archéologique

• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 25 mars au 26 avril 2024
• Surface : 600 m²
• Type d'aménagement : Maison médicale et logements
• Suivi scientifique : Marie-Pierre FEUILLET, puis Olivier ROYER-PEREZ (DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes)

Nature des vestiges

• Périodes : Âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge, Temps modernes, Époque contemporaine
• Sujets et thèmes : habitat rural, dépotoir, niveau de circulation, citerne, canalisation

Intervenants

• Responsable d'opération : Laurie DANIELOU
• Équipe de fouille : Mickaël BANDIERA, Céline BEAUCHAMP, Gérald BONNAMOUR, Vincent ORY, Émilie TOMAS
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Mickaël BANDIERA, Gérald BONNAMOUR, Alice BOURGOIS, Lucie CARPENTIER, Anne-Lise DABRY, Fanny DALLANCOURT, Lisa GRAY, Clara SARRADIN, Sabrina SAVE
• Collaborations : CIRAM, Amélie
• Aménageur : SAS Développement

Publications

DANIELOU L., avec les collaborations de ARLES A., BANDIERA M., BONNAMOUR G., BOURGOIS A., CARPENTIER L., DABRY A.-L., DALLANCOURT F., GRAY L., SARRADIN C., SAVE S. et le laboratoire CIRAM – Brison-Saint-Innocent, Savoie (73), Route de Paris. De la période laténienne à aujourd’hui : une occupation diachronique du secteur, Rapport final d’opération d’archéologie préventive, Arkemine SARL, 2026, 1 vol., 398 p.