
Le vigneau 2, Pussigny (Indre-et-Loire)
Cette importante opération s’est déroulée en deux temps : Le Vigneau 1, et le Vigneau 2, objet de cette présente fiche, toutes deux sous la responsabilité d’Arnaud Coutelas. La fouille du Vigneau 2 a révélé l’existence de deux importantes nécropoles, néolithique et protohistorique.
Une opération d’archéologie préventive s’est déroulée au lieu-dit « le Vigneau » (commune de Pussigny, Indre-et-Loire), sur le tracé de la future ligne LGV SEA Tours – Bordeaux. Cette opération a été réalisée pour le compte de COSEA par un groupement d’opérateurs agréés, Arkemine (mandataire), ArchéoLoire et Paléotime, de février à avril 2013.
Le site se développe dans la partie supérieure du plateau qui domine la vallée de la Vienne, à l’est, et le ruisseau de la Veude, au nord. Dans le secteur, le substrat est constitué de craie micacée, ou « tuffeau blanc », du turonien moyen (C3b). Les occupations s’étagent le long d’un versant exposé plein ouest, à une altitude moyenne de 86-90 m. Le secteur en milieu et bas de pente est occupé par un sanctuaire antique et peut-être ses dépendances, ainsi que par quatre structures d’habitat médiéval, pourvues de salles souterraines, datées des XIe-XIIe siècles. Ces occupations composent le site du « Vigneau 1 ». Une nécropole occupe la partie haute de la pente. Elle définit le site du « Vigneau 2 ». Elle a connu plusieurs phases d’utilisation, la plus ancienne datant du Néolithique moyen I.
La nécropole néolithique
La nécropole compte 102 sépultures à inhumation en fosse, qui ont été datées du Néolithique moyen par datation directe, attribution culturelle et stylistique de la céramique, présence de mobilier lithique et similarité des pratiques funéraires. S’y ajoute une sépulture de chien dans la seule fosse particulière du site, en forme de cloche. La densité des sépultures et leur distribution spatiale sont variables. Aucune ne se recoupe, certaines d’entre elles se touchent pratiquement et d’autres semblent isolées, distantes de près de 10 m avec la voisine la plus proche. Ce maillage découpe implicitement la nécropole en trois secteurs : septentrional avec la trame la plus lâche, médian avec la plus forte densité et méridional avec un maillage intermédiaire.
Les fosses sont creusées dans le substrat calcaire. Dans l’ensemble, elles sont de forme oblongue avec des dimensions moyennes de 138 x 100 cm, la plus petite faisant 60 cm de long, contre 230 cm pour la plus grande. La profondeur moyenne, conservée sous le niveau de décapage, est de 34 cm, la plus profonde atteignant les 82 cm. Le fond est plat, ou plus irrégulier lorsque le calcaire est noduleux.
De nombreuses fosses sépulcrales du « Vigneau » ont révélé la présence de blocs de pierres, isolés ou agencés, des traces noires de matériaux organiques, dont la position atteste l’existence d’aménagements internes variés, de la simple pierre de calage à la ciste et de la paroi en matière périssable au coffre monumental. Certains aménagements peuvent être combinés (mixtes), en particulier les enveloppes souples avec l’un des aménagements en matière périssable. Il s’agit de sépultures primaires individuelles pour 92 fosses. Les 10 autres sont des sépultures primaires doubles. Le nombre minimal d’individus est donc de 112. Aucun cas avéré de sépulture secondaire n’a été mis au jour.
Les individus reposent tous en position globalement fœtale sur le côté gauche, et ce quelle que soit la taille du creusement. La tête est orientée grosso modo à l’est. Les membres inférieurs sont fléchis à hyperfléchis. Les individus sont inhumés au sein de contenants souples, rigides, voire mixtes. L’étude des données biologiques a été fortement limitée par l’état de conservation des squelettes. Ce sont seulement 14 femmes et 7 hommes qui ont été diagnostiqués sur un nombre total d’individus matures de 68. L’analyse du recrutement funéraire sur les individus immatures a montré un déficit des plus jeunes (périnatals et 1-4 ans), ainsi que pour les adolescents (15-19 ans). A contrario, les individus de la classe [5-9] ans montrent un sureffectif. La population du « Vigneau 2 » sort donc des schémas classiques des mortalités préjennériennes. L’étude paléopathologique a également été fortement conditionnée par l’état des ossements ; elle a montré que les individus avaient globalement une bonne hygiène bucco-dentaire.
Dix-neuf fosses contenaient un dépôt de faune, presque exclusivement des agneaux (24 individus) indiquant un abattage axé sur les très jeunes animaux (0 à 9 mois), les individus plus âgés faisant exception. Ils étaient préférentiellement déposés en avant des défunts, les animaux les plus âgés ayant tendance à être allongés le long du corps du défunt, de manière à ce que les parties anatomiques de l’homme et de l’agneau se trouvent au même niveau dans la sépulture.
Dix-neuf sépultures contenaient au moins un élément céramique. L’ensemble du corpus recueilli au « Vigneau » fait état d’une homogénéité stylistique indéniable, qui a permis de le situer d’emblée au Néolithique moyen I et de le rattacher à la sphère culturelle du Chambon, bien que certains traits l’en démarquent. Il s’agit avant tout d’un ensemble de céramique lisse non décorée. Les formes les plus courantes sont des récipients de taille modeste, de type bol ou gobelet à anse unique. Quelques récipients – le plus souvent complets – ont été déposés à côté du défunt.
L’étude du mobilier lithique en silex et autres roches a montré le caractère inhabituel des dépôts qui témoignent à la fois d’une absence de qualité dans la fabrication et d’une sélection opportuniste des objets déposés, brisés, pars pro toto ou bruts. Le mobilier en silex accompagnant les sépultures est au nombre de 83. Les armatures de projectile sont largement prédominantes dans la panoplie de l’outillage en silex, avec 13 spécimens. L’analyse tracéologique révèle que 9 d’entre elles ont effectivement servi. La plupart des autres objets étudiés ont été utilisés en boucherie ou pour la vénerie.
Les datations directes sur ossements humains par AMS (12 dates) circonscrivent l’utilisation de la nécropole sur toute la durée du Néolithique moyen I, avec des dates situées entre 4700 et 4300 avant notre ère. La nécropole aurait été fréquentée ensuite plus discrètement, comme en témoigne une date vers 4150 avant notre ère.
Les nécropoles protohistoriques
Plusieurs sépultures à inhumation individuelle et quelques incinérations en urne ou en pleine terre forment l’ensemble funéraire protohistorique. Des enclos quadrangulaires et oblongs leur sont associés, ainsi que deux structures à pierres chauffées. Des structures sans mobilier funéraire ni ossement humain mais de morphologie et aménagements (coffrages de pierres) analogues complètent l’ensemble.
Ce sont finalement 17 sépultures en coffre ou en coffrage de pierre qui peuvent être attribuées au Bronze final Ib-IIa. Après le creusement d’une fosse orientée globalement nord-ouest/sud-est, un pavement est installé. S’ensuit ensuite l’installation des parois, qui ont fait l’objet de soins de qualité variable. La tombe la plus remarquable est F1339 avec un double parement de dalles d’orthostate, posées de chant sur le sol et en continu sur le pourtour. La question d’une fermeture ou d’un couvercle reste soulevée car malheureusement aucune sépulture ne conserve d’indices suffisants. Seulement 8 sépultures ont révélé la présence de restes osseux, dans un état de conservation très médiocre. Les ossements, placés directement sur le fond de la fosse, attestent une position générale des individus en décubitus dorsal, la tête au nord-ouest.
Le mobilier consiste principalement en éléments de parure, avec notamment 5 épingles et quelques perles en bronze. On distingue 2 épingles à tête évasées de type discoïdale épaisse, 2 épingles à tête évasée de type Courtavant et 1 épingle à tête en forme de crosse. Une perle hélicoïdale et 7 fragments de tubes cylindriques décorés de rainures horizontales appartenaient apparemment à un même objet (une ceinture ?).
À ces inhumations s’ajoutent 7 incinérations. Les crémations ont en commun un dépôt partiel des restes des individus incinérés. Deux modes funéraires opératoires sont présents sur le site : le dépôt en pleine terre et l’enterrement en urne.
Deux enclos quadrangulaires fossoyés, de 8 à 9 m de côtés, se placent au sud et au sud-ouest (à 60 m, dans l’emprise du site du « Vigneau 1 ») de cet ensemble funéraire du Bronze. Le second enclos a livré trois incinérations en fosse et en urne. Une attribution à la période de La Tène ancienne est la plus probable, ainsi que l’attestent les récipients portés par des petits pieds annulaires ou creux évasés ou les cordons d’un vase à col cylindrique.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 04 février au 19 avril 2013
• Surface : 9 280 m² (2 3500 m² avec Vigneau 1)
• Type d'aménagement : Ligne ferroviaire à Grande Vitesse
• Suivi scientifique : Vivianne AUBOURG, Aurélie SCHNEIDER, puis Christian VERJUX (DRAC – SRA Centre-Val de Loire)
Nature des vestiges
• Périodes : Néolithique, Protohistoire, Antiquité
• Sujets et thèmes : nécropole, inhumation, incinération, dépôt de faune, parure
Intervenants
• Responsable d'opération : Arnaud COUTELAS
• Équipe de fouille : Emmanuelle COURBOIN-GRESILLAUD (RS Paléotime), Alix BAETENS, Cyrielle BILLE, Béatrice BORET, Guillaume BRUNO, Lydia CASAGRANDE, Barbara CHAUVET, Léa CHERBIT, Ève CHOL (ArchéoLoire), Aude COUDRIN, Lucile CRETE, Céline CROCHU-ROBERT, Pierre DUMAS-LATTAQUE, Gwenhael GEORGET, Simon GOUDISSARD, Anne HAUZEUR (Paléotime), Céline HERPOEL, Véronique JUANA, Marion LALAYE, Bénédicte LE DRET, Sandrine LE GALL, Florian LELEU, Bénédicte LEPRETRE, Pierrick MATIGNON, Raphaëlle ODENT, Wayne PERKINS, Gwendal PUREN, Pierre RIO, Emmanuelle ROGARD, Audrey SAFI, Morgane SOMMER, Johanna TERROM (Paléotime)
• Équipe de post-fouille : David AOUSTIN, Adrien ARLES, Jean-Baptiste CAVERNE, Lorène CHESNAUX, Ève CHOL, Julia CHRZAVZEZ, Emmanuelle COURBOIN-GRESILLAUD, Paul FERNANDES, Gwenaëlle GOUDE, Anne HAUZEUR, Élisabeth LEFEUVRE, Emmanuel MENS, Régis PICAVET, Jocelyn ROBBE, Virginie ROPIOT, Léa ROUX, Mathieu RUE, Pascal TALLET, Johanna TERROM, Guillaume VARENNES
• Collaborations : Beta Analytic, CREAM
• Co-traitance : ArchéoLoire, Paléotime
• Aménageur : COSEA
Publications
COUTELAS A. et HAUZEUR A. (dir.), COURBOIN-GRESILLAUD E., TERROM J., avec la collab. de CHESNAUX L., CHOL E., CHRZAVZEZ J., FERNANDÈS P., GOMEZ DE SOTO J., GOUDE G., LOUYOT D., MENS E., ROUX L., RUÉ M. et VARENNES G. (2015) – Pussigny (37) « Le Vigneau 2 » : nécropoles néolithique et protohistoriques. Rapport final d’opération d’archéologie préventive, Arkemine SARL & Paléotime SARL, Service Régional de l’Archéologie de la région Centre, 3 volumes, 1113 p.
COUTELAS A. (dir.), HAUZEUR A., ARLES A., CHOL E., COURBOIN-GRÉSILLAUD E., DUMAS-LATTAQUE P. et TERROM J. (2014) – Pussigny « Le Vigneau », de la nécropole néolithique au village médiéval, In Archéologie en région Centre, n°5-2, DRAC Centre, 12 p.
COUTELAS, HAUZEUR A. (2017) – « Le Vigneau (1 et 2), Pussigny, Indre-et-Loire », in Mistrot V., Huet (éd.), L’archéologie à grande vitesse, 50 sites fouillés entre Tours et Bordeaux, Catalogue d’exposition (Musée d’Aquitaine, 27 juin 2017 - 4 mars 2018), Éditions Errance, Arles, pp.79-88.
COUTELAS, HAUZEUR A., GOMEZ DE SOTO J. (2017) – « La nécropole du Bronze final I-IIa du “Vigneau 2” (Pussigny, Indre-et-Loire) », in Bulletin de l’association pour la promotion des recherches sur l’âge du Bronze, Journée annuelle d’actualités (Saint-Germain-en-Laye, 6 mars 2016), vol. 15, Dijon : APRAB, pp. 15‑22.
COUTELAS A. et HAUZEUR A. (2017) – Pussigny, Le Vigneau (Néolithique, Âge du Bronze), BSR Centre 2009-2013, SRA Centre-Val de Loire, Orléans, 215-216.
COUTELAS A. (2014) – Pussigny (Indre-et-Loire), Le Vigneau, Archéologie médiévale, n°44, 204.




