Jardins Intercampus, tranche 6, Amiens (Somme)

L’opération archéologique de la tranche 6 de la « ZAC des jardins Intercampus » a permis l’étude d’une partie d’un site antique, sur une superficie de 9370 m². L’exploitation des parcelles étudiées est antérieure à l’époque romaine, comme le montre la présence d’un silo, ayant conservé quelques graines, datées par radiocarbone de 168 à 42 avant notre ère.

L’opération archéologique de la tranche 6 de la « ZAC des jardins Intercampus » a permis l’étude d’une partie d’un site antique, sur une superficie de 9370 m². L’exploitation des parcelles étudiées est antérieure à l’époque romaine, comme le montre la présence d’un silo, ayant conservé quelques graines, datées par radiocarbone de 168 à 42 avant notre ère. Ce silo peut avoir fait partie d’un petit ensemble, puisqu’au moins une autre structure partage sa position stratigraphique. En effet, le comblement de ces deux faits est tronqué par un fossé de 57 m de longueur orienté globalement NE-SO et qui s’incurve au sud vers le sud-ouest. Ce fossé marque la première version d’un enclos. Daté du Ier siècle de notre ère, il peut être contemporain avec quelques structures datées de la première moitié du même siècle. Leur fonction et parfois leur datation sont incertaines, mais l’une d’entre elles est associée à un lot mobilier pouvant refléter un acte rituel (dépôt de squelette de chien et d’une fibule à l’ardillon tordu). À partir de la fin du Ier siècle jusqu’au début du IIe, l’enclos est transformé. Cet ensemble est accompagné par le développement de bâtiments sur poteaux porteurs dont le détail n’a pas été mis en évidence, ni le phasage.

Figure 1 – Plan général des vestiges (Amiens, 80).

Figure 2 – Vue générale du bâtiment sud (Amiens, 80).

Les superficies maximales de ces ensembles sont de 370 m² pour le bâtiment nord et de 378 m² (contre 220 m²) pour le bâtiment sud. D’autres vestiges participent à ce paysage ; deux murs fortement tronqués semblent indiquer un développement plus important du bâti ou une structuration de l’espace par des murets. Une large zone empierrée, accolée au bâtiment le plus au sud, matérialise un espace de circulation et peut-être de travail, comme le montre la présence d’une structure de chauffe, à la vocation incertaine, mais dont l’impact au sol et le réaménagement confirment l’importance. Le développement de l’habitat sur fondation de craie s’inscrit dans le même schéma que l’enclos alors comblé, confirmant la parfaite continuité de l’occupation également mise en évidence par l’étude céramique de M. Spicher. L’établissement ne survit guère au IIIe siècle et seul un fragment de céramique du IVe siècle permet d’étendre la fréquentation du site jusqu’au début du Bas-Empire. À ces ensembles on peut ajouter la présence d’un bâtiment sur poteaux porteurs jouxtant le bâtiment N, dont la datation est mal assurée. Ce site s’intègre dans les paysages antiques d’établissements à enclos. De la même façon, l’ensemble des bâtiments sur fondation de craie s’intègre dans les ensembles d’établissements ou de villae dont le corpus est maintenant bien développé. Le site n’étant reconnu à ce stade que par deux bâtiments formant l’angle sud-ouest de l’enclos, la fonction des bâtiments ou la taille de l’établissement ne sont pas confirmées. Pourtant le fait que le mobilier céramique provienne essentiellement de la zone sud peut-être un indice de l’identification du bâtiment méridional avec un habitat au contraire du bâtiment nord.

Les indices chronologiques sont absents pour le millénaire suivant la fin de l’établissement antique. Certains marqueurs attestent d’une fréquentation de la zone pendant les XIVe et XVe siècles. Les marqueurs étant en partie associés à des trous de poteaux, il est possible qu’il y ait eu plus qu’une simple fréquentation ou exploitation des terres mais une occupation, dont le schéma nous échappe. L’époque moderne est également notée avec en particulier une monnaie datant de l’époque de Louis XIV. Finalement, l’activité de l’époque contemporaine récente a fortement impacté les vestiges avec la création de larges fosses et surtout l’activité des jardins ouvriers et celle, racinaire, des nombreux arbres présents avant la fouille.

Figure 3 – Dépôt d'un squelette de chien en cours de fouille (Amiens, 80).

Figure 4 - Fibule issue du dépôt d'un squelette de chien (Amiens, 80).

Opération archéologique

• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 13 juin au 16 décembre 2017
• Surface : 9 370 m²
• Type d'aménagement : ZAC des jardins Intercampus
• Suivi scientifique : Didier BAYARD (DRAC – SRA Hauts-de-France)

Nature des vestiges

• Périodes : Protohistoire, Antiquité, Moyen Âge, Temps modernes, Époque contemporaine
• Sujets et thèmes : habitat rural, parcellaire, villa, bâtiment agricole

Intervenants

• Responsable d'opération : Céline BEAUCHAMP
• Équipe de fouille : Adrien ARLES, Anaïs BERRIER, Anne-Marie CURÉ, Gérald BONNAMOUR, Guillaume DUPERRON, Véronique JUANA, Marko JOVIC, Florian LELEU, Catherine MASURE, Marie SPICHER, Émilie TOMAS, Tristan VERSCHUÈRE
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Gérald BONNAMOUR, Cyrille CHAIDRON, Arnaud COUTELAS, Émilie DUBREUCQ, Jean LATOURNERIE, Marie-Laure LE BRAZIDEC, Léa ROUX, Marie SPICHER, Christophe VASCHALDE
• Collaborations : Archéolabs, CIRAM
• Aménageur : Amiens Aménagement

Publications

BEAUCHAMP C. avec BONNAMOUR G., CHAIDRON C., COUTELAS A., DUBREUCQ E., LATOURNERIE J., LE BRAZIDEC M.-L., ROUX L., SPICHER M., VASCHALDE C. et les laboratoires Archéolabs et CIRAM, Occupation antique, Les jardins d’Intercampus Tranche 6, Amiens (80), Les-Hauts-de-France, Rapport final d’opération archéologique, Beaumont-les-Valence : ArkeMine SARL, décembre 2019, 2 vol., 534 p.