
Carrefour RD52/RD347, « la Briande » et « les terres noires », Chalais (Vienne)
La fouille archéologique a été conduite en amont d'un nouvel axe routier à Chalais. Elle a permis de mettre au jour plusieurs bâtiments et fosses se rattachant aux périodes antiques et médiévales.
La modification du carrefour entre la RD 52 et la RD 347, prévue par le Conseil Départemental de la Vienne, a entraîné la fouille d’une partie du nouvel axe routier inscrit dans une bande d’environ 200 m de long, mais ne dépassant pas les 15 m de large. Lors du diagnostic réalisé par l’Inrap en 2016 sur un espace plus large, 4 zones bâties avaient été vues, 3 comportaient des constructions en pierre et une des constructions sur poteaux.
La fouille menée par Arkemine SARL montre que l’espace est structuré par de nombreux fossés dont la majorité répond clairement au besoin d’évacuer l’eau vers le bas de pente où coule la Briande. La date de mise en place de ces parcellaires peut être située au début de la période antique. Une voirie apparaissant sur les cadastres du XIXe siècle en forme l’expression la plus récente.
Dans ce paysage, on a identifié cinq bâtiments et de nombreuses fosses se rattachant à des occupations antiques ou médiévales. Outre une vision partielle des occupations, dûe à la morphologie de l’aire ouverte, la compréhension du site est rendue complexe par le caractère mouvant des sédiments, composés principalement de sables et fréquemment déplacés par les pluies. Les éléments de mobiliers archéologiques se déplaçant de même, il existe une forte « pollution » archéologique. Ainsi, de nombreux silex, dont un biface et des fragments de céramiques du Néolithique récent sont associés à des lots de mobiliers plus récents, qui peuvent eux-mêmes avoir été déplacés.
Les cinq bâtiments fouillés présentent des plans différents et couvrent des époques et des fonctions variées. D’ouest en est, on observe un ensemble de petites fosses interprétées comme des trous de poteau qui peuvent marquer la présence d’un bâtiment de datation et de fonction mal définie. Plus à l’est, un autre bâtiment marqué par neuf poteaux porteurs adopte un plan quadrangulaire de 7,7 x 7 m pour une superficie globale de 50 m². Ce bâtiment à un plan similaire à ceux des greniers de l’Antiquité tardive. À sa place et après son démantèlement est installé un bâtiment antique sur fondation de craie dont seuls deux pans de murs, ou leur spoliation, sont dans l’aire de fouille. Le plan rectangulaire de ce bâtiment apparaît sur les photographies aériennes réalisées par A. Ollivier, lesquelles le montrent installé dans l’angle nord-ouest d’un enclos fossoyé. Ce bâtiment a été démantelé à une époque incertaine, mais qui pourrait se situer durant le haut Moyen Âge. Dans la zone centrale, la concentration de structures archéologiques est importante. Des éléments parfois conservés uniquement par lambeaux indiquent la présence d’un bâtiment sur murs ou solins de craie associé à un espace empierré. La surface concernée est d’environ 44 m². L’ensemble est fortement remanié par les activités agricoles postérieures. Une de ces activités est caractérisées par 32 silos médiévaux répartis en deux zones. Quelques-uns marquent la partie septentrionale d’un ensemble séparé de l’aire la mieux reconnue par un large fossé, peut-être associé à un espace de circulation. L’aire la mieux reconnue se développe à l’est de cet axe. Utilisée à l’époque carolingienne, la zone de stockage a pu être installée dès les siècles précédents. L’amplitude assez large des datations issues de l’étude céramologique (potentiellement entre le VIIe et le XIe siècles) et l’observation de recoupements entre certains silos permettent en effet de lier l’activité de stockage à un besoin qui n’est pas ponctuel, mais récurrent. Cet ensemble est associé à une structure de chauffe qui, bien que cela n’ait pu être assuré, peut avoir été utilisé dans le traitement des graines stockées. Finalement, vers l’est a été observé un petit bâtiment quadrangulaire formé de quatre poteaux qui semble être un grenier d’une aire de 4,6 m² ; associé à de la céramique antique, il n’est cependant pas exclu qu’il complète l’aire d’ensilage médiévale.
De la fin du haut Moyen Âge jusqu’à nos jours, l’espace n’est pas délaissé, mais seuls fossés et voiries ont été reconnus. L’espace reste exploité, mais uniquement pour une fonction de production et non plus de transformation ou conservation.
Opération archéologique
• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 17 octobre au 18 novembre 2016
• Surface : 3 212 m²
• Type d'aménagement : Aménagement routier (modification carrefour entre RD52 et RD347)
• Suivi scientifique : Marlène MAZIERE (DRAC – SRA Nouvelle-Aquitaine)
Nature des vestiges
• Périodes : Néolithique, Antiquité, Moyen Âge, Période contemporaine
• Sujets et thèmes : bâtiment agricole, parcellaire, habitat rural, structures agraires
Intervenants
• Responsable d'opération : Céline BEAUCHAMP
• Équipe de fouille : Nasrine ANWAR, Anne-Marie CURÉ, Rodrigue GUILLON, Véronique JUANA, Florian LELEU, Maxime PASQUEL, Marie SPICHER
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Arnaud COUTELAS, Jean LATOURNERIE, Marie-Laure LE BRAZIDEC, Léa ROUX, Marie SPICHER
• Collaborations : Amélie, CIRAM
• Aménageur : Conseil départemental de la Vienne

Publications
BEAUCHAMP C., COUTELAS A., GUILLON R., LATOURNERIE J., Le BRAZIDEC M.-L., ROUX L., SPICHER M.,(2018), Occupations antique et médiévale, « La Briande » et « Les Terres Noires », Carrefour RD52 RD347, Chalais (86), Nouvelle Aquitaine. Rapport final d’opération archéologique, Beaumont-les-Valence : ArkeMine SARL, mars 2018, 368 p., 149 ill.



