Chemin Rousseau, Bagnols-en-Forêt (Var)

La fouille réalisée en 2020 sur la commune de Bagnols-en-Forêt, dans le Var, a permis la découverte d'un habitat rural antique.

Sur le bord nord du plateau de Bagnols-en-Forêt, au pied des collines qui le délimitent, la fouille du site du « chemin de Rousseau » a révélé l’existence d’un habitat rural ayant persisté durant toute la période gallo-romaine jusqu’au tout début du haut Moyen Âge. La zone ayant été fortement remaniée par une mise en terrasse à l’époque moderne, les vestiges archéologiques ne sont conservés qu’en trois zones. Au nord, sous un pierrier massif, ont été retrouvés plusieurs états de structures bâties. À un ensemble sur poteaux porteurs du Ier siècle de notre ère succède un bâtiment en pierre et mortier de chaux présentant au moins trois phases de construction. Un mur isolé pourrait marquer une version primitive d’un bâti en pierre. L’état le mieux conservé correspond à la troisième phase qui réutilise des tronçons de murs antérieurs ; elle est postérieure au milieu du IIe siècle de notre ère. Des lambeaux de sol en béton sont conservés à son extrémité sud. Deux espaces identifiés, mais non caractérisés. Plusieurs fosses ont conservées les restes d’activités liées au feu, dont une forge ; elles sont attribuées au Ve ou VIe siècles. Sur la terrasse inférieure, à l’est, des traces agraires du début du Ier siècle de notre ère disparaissent en parallèle avec le développement du bâti en pierres et mortier d’une pars fructuaria. La chronologie des installations de transformation des fruits est imprécise mais semble s’étendre entre le Ier et le IIIe siècles. Au sud de cette partie de l’établissement, une large fosse ayant servi de puits (ou puisard) est installée dès le Ier siècle de notre ère et est comblée au plus tard durant le IIIe siècle. Immédiatement à l’est, un ensemble de canalisation permet l’évacuation d’eaux probablement usées vers le bas de pente. Il délimite un quadrangulaire pouvant être le fantôme de constructions antiques.

Figure 1 - Photo d’ambiance de la zone de fouille (Bagnols-en-Forêt, 83).

Figure 2 - Dégagement du mur d’un des bâtiments (Bagnols-en-Forêt, 83).

Cet ensemble semble fonctionner dès le Ier siècle de notre ère. Le paysage antique est complété par une large fosse plusieurs fois recreusée, qui pourrait être une cave située au sud de l’habitat septentrional ; son comblement a collecté de la céramique d’époque flavienne. Cet ensemble indique probablement une étendue de l’habitat dépassant le cadre des éléments bâtis conservés. Le panorama archéologique antique est complété par trois ensembles de fosses ayant recueilli les restes de l’habitat. Le premier situé à l’ouest de la pars fructuaria est formé d’au moins six fosses coalescentes assez bien délimitées, peu profondes. Le second forme ce qui semble être l’exutoire des canalisations méridionales. Il est également formé de plusieurs creusements, mais ceux-ci sont mal appréhendés. Le troisième ensemble est une très large fosse, dont le creusement a permis l’extraction de matériaux, probablement de l’argile. Le bord est, peu incliné, a été interprété comme une rampe d’accès pour sortir les matériaux mais également pour accéder au point d’eau que fournit la structure après la fin de son utilisation en tant que carrière. Finalement, son volume est comblé des restes de l’occupation, déposés pêle-mêle. L’enfouissement du mobilier et des matériaux de construction de l’habitat antique a permis de l’associer avec un niveau de confort supérieur à ce que l’arasement et peut-être le remaniement des bâtiments laissaient prévoir. Morceaux d’enduit peint, tesselle, plaques de marbre dont une épigraphiée, sont généralement l’indice d’un statut confortable des propriétaires. La découverte d’un scalpel, la possibilité d’un artisanat, même réduit, de tabletterie complète le panel plus habituel des établissements ruraux comme l’élevage (bovin, forge, domestique plutôt qu’artisanale, et rappelons-le, transformation de fruits.

Figure 3 - La cuve 1002 après son redécapage et un nettoyage de surface (Bagnols-en-Forêt, 83).

Figure 4 - Le four à chaux 1076, vidé sur sa moitié nord (bagnols-en-forêt, 83).

Opération archéologique

• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 17 février au 17 juillet 2020
• Surface : 7 500 m²
• Type d'aménagement : Aménagement immobilier
• Suivi scientifique : Corinne LANDURÉ (DRAC – SRA Provence-Alpes-Côte d'Azur)

Nature des vestiges

• Périodes : Néolithique, Antiquité, Moyen Âge, Temps modernes, Période contemporaine
• Sujets et thèmes : habitat rural, villa, bâtiment viticole, carrières, puits, hydraulique

Intervenants

• Responsable d'opération : Céline BEAUCHAMP
• Équipe de fouille : Grischka BREDOW, Lucie CARPENTIER, Lucile CATTÉ, Magnolia HOUVENAGHEL, Florian LELEU, Richard LOPES, Olivier MIGNOT
• Équipe de post-fouille : Adrien ARLES, Mickaël BANDIERA, Anaïs BERRIER, Lucie CARPENTIER, Laurie DANIELOU, Marie-Claude JOLY-SAAD, Olivier MIGNOT
• Collaborations : GéoArchéon, CIRAM, Poznan
• Aménageur : Mme et M. Jaumes

Publications

BEAUCHAMP C. avec ARLES A., BANDIERA M., BERRIER A., CARPENTIER L., DANIELOU L., GRANAI S., JOLLY-SAAD M.-R., MIGNOT O. et le Poznanskie Laboratorium Radioweglowe et CIRAM (2023) – Etablissement rural antique, Bagnols-en-Forêt, Var, Provence-Alpes-Côte d’Azur. Rapport final d’opération archéologique, Beaumont-lès-Valence : ArkeMine SARL, 2 vol., 591 p.