Boulevard South Molton, Livarot (Calvados)

Les vestiges mis au jour lors de la fouille archéologique de Livarot ont permis de révéler l’existence d’un secteur lié à la métallurgie (scories, fours), probablement situé à la périphérie d’un habitat manifestée par des trous de poteaux et des puits.

Préalablement à l’extension de la zone d’activité commerciale Nord de Livarot (14), le diagnostic archéologique, réalisé en juin 2004, avait révélé la présence d’une importante quantité de résidus liés à une activité métallurgique gallo-romaine du fer. L’opération préventive, menée du 5 mars au 27 avril 2007 par 4 personnes sous la responsabilité de Christophe Colliou, a concerné une surface de 4 500 m².
La phase terrain a permis de reconnaître différents vestiges et de réaliser un échantillonnage des résidus métallurgiques. Ces derniers ont postérieurement fait l’objet d’une approche analytique, menée en collaboration avec le laboratoire Pierre Süe (Archéomatériaux et prévisions de l’altération, CEA/CNRS, UMR 9956, Saclay). En terme de structures, ont été mis au jour les vestiges d'une unité complexe de forge, des fours de réduction, des puits profonds ainsi que de nombreux fossés, fosses et trous de poteaux. Ces ensembles ont livré une grande quantité de céramiques antiques (Ier-IIe siècles de notre ère), tant de provenance locale que d’importation. La fouille des puits a démontré qu’ils n’étaient en aucun cas liés à une extraction sur site de minerai de fer, mais qu’il s’agissait, en fait, de puits pour l’eau. Profonds de 3 à 4 m en moyenne, ils ont été creusés à travers des limons jusqu’au contact avec une couche sous-jacente de graviers à travers laquelle s’écoule la nappe phréatique. Leur densité sur la zone ainsi que le peu de soins apportés à leurs creusements laissent supposer qu’il était d’usage de ne pas ou de peu les entretenir et d’en aménager de nouveaux dès que nécessaire. Un seul d’entre eux présentait un cuvelage de fond en bois, sur une hauteur d’environ 1 m. Les remplissages de ces puits ont notamment livré des cruches complètes dont la fonction pour puiser de l’eau est avérée.

Figure 1 – Fouille d’un puits (Livarot, 14).

Figure 2 – Puits (Livarot, 14).

Quant à la métallurgie, si les vestiges de structures de réduction sont peu nombreux, les analyses archéométriques des résidus ont permis de mettre en évidence une production de métal qui s'est effectuée avec des rendements très divers. Le minerai était probablement extrait des gisements repérés dans les couches géologiques supérieures des versants de la vallée de Livarot. Par ailleurs, la fouille des structures de forge et le travail en laboratoire ont permis de faire une proposition quant à l'organisation et au fonctionnement de cet atelier. Le travail de forge portait sur un éventail très large de productions, du clou à l'objet manufacturé de qualité.
Enfin, si l’organisation et la fonction des fosses, fossés et trous de poteaux découverts restent sur bien des aspects problématiques, l’existence de ces structures, corrélée à celle des puits et des ateliers métallurgiques, prouvent que le site se situe à la périphérie proche d’une zone d’activité et d’habitat, villa ou agglomération. Notons qu’une enquête menée auprès des habitants de Livarot, ainsi que la densité des zones à scories repérées, révèlent l'importance de l'activité métallurgique dans le passé de cette commune.

À proximité du four de tuilier, une zone d’extraction paraît, d’après les observations stratigraphiques, légèrement plus ancienne, voire contemporaine de ce dernier. Les artisans qui ont bâti le four ont notamment utilisé les matériaux lithiques existant sur place.

Au sein des secteurs de carrière étudiés, le micaschiste a probablement été prélevé à l’aide d’outils métalliques à percussion lancée et d’instruments pouvant être utilisés comme levier pour dessoucher les modules extraits. La dimension de ces derniers est contrainte par la schistosité et les fracturations, les failles, impactant le substrat. Ils ressemblent certainement à ceux mis en œuvre pour la construction du four, atteignant quelques dizaines à plusieurs dizaines de centimètres de longueur et largeur et une épaisseur de quelques centimètres à une dizaine de centimètres.

Figure 3 – Fosses (Livarot, 14).

Figure 4 – Mobilier métallique (Livarot, 14).

La fouille préventive a donc permis d’étudier des activités de production de matériaux au sein de l’emprise définie par le cahier des charges. Un atelier de tuilier a principalement produit des matériaux en terre cuite architecturale et de la chaux entre la fin de la période moderne et le début de la période contemporaine. Le micaschiste qui compose le sous-sol du site est semble-t-il extrait depuis le Moyen Âge jusqu’à l’utilisation du four de tuilier. Les extracteurs ont peut-être profité du contexte topographique et géomorphologique du site. Le site présente notamment un faible recouvrement superficiel ne nécessitant pas un important décapage du substrat.

Depuis le Moyen Âge, le micaschiste a aussi pu être extrait pour les besoins en matériaux liés à la construction des édifices se trouvant à proximité du site, métairies, borderies ou fortifiés inventoriés dans la carte archéologique. Mais ceci reste toutefois à vérifier notamment par des études spécifiques sur le bâti subsistant. Une autre activité de chaufournerie est aussi avérée à la même époque à proximité du site fouillé. Il apparaît donc que ce dernier est localisé dans un secteur où se concentrent des activités de production de matériaux.

Figure 5 – Cruche découverte dans les puits (Livarot, 14).

Figure 6 – Modélisation du cuvelage en bois du puits (Livarot, 14).

Opération archéologique

• Type d'opération : fouille préventive
• Dates : du 05 mars au 27 avril 2007
• Surface : 4 500 m²
• Type d'aménagement : Centre commercial
• Suivi scientifique : Cyrille BILLARD (DRAC – SRA Normandie)

Nature des vestiges

• Périodes : Antiquité
• Sujets et thèmes : métallurgie, habitat, puits

Intervenants

• Responsable d'opération : Christophe COLLIOU
• Équipe de fouille : Gérald BONNAMOUR, Christophe MARCONNET, Simon PAINSONNEAU
• Équipe de post-fouille : Gérald BONNAMOUR, Christophe MARCONNET, Simon PAINSONNEAU
• Collaborations : Laboratoire Métallurgie et Cultures CNRS UMR5060, Laboratoire Archéomatériaux Pierre Süe CEA/CNRS UMR9956
• Aménageur : Communauté de Communes du Pays de Livarot

 

Publications

COLLIOU C. avec la coll. de PAINSONNEAU S., BONNAMOUR G., MARCONNET C. (2008) – Livarot, Boulevard South Molton (Calvados). Rapport final d’opération de fouille préventive, Arkemine SARL, Service Régional de l’Archéologie Aquitaine.